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« Esope ce grand homme vit son maître qui pissait en se promenant. Quoi donc, fit-il, nous faudra-t-il chier en courant ? Ménageons le temps, encore nous en reste-t-il beaucoup d’oisif, et mal employé»

Montaigne, Essais, III, 13, 1739.

esope par Velasquez

Esope par Vélasquez. Vers 1640, Musée du Prado.

Cette évocation d’ Esope, pittoresque et bien dans le style de la Renaissance, par Montaigne, vient en conclusion des Essais et sert à exposer une philosophie de la vie : hâte-toi lentement comme disait Erasme et jouis du moment présent. Forte maxime ! Voir A. Compagnon, Un été avec Montaigne, Ed. des équateurs, 2013.

D’Esope on ne sait à peu près rien de sûr (VII-VIe siècle av. JC ?), si ce n’est qu’une tradition remontant à l’Antiquité grecque en fait le « père de la fable ». Le fait de n’avoir peut-être pas existé ne l’a pas empêché de faire une longue carrière littéraire. Jean de la Fontaine, entre autres, s’inspira beaucoup des fables attribuées à Esope :

Je chante les héros dont Ésope est le père,
Troupe de qui l’histoire, encore que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce qu’ils disent s’adresse à tous tant que nous sommes ;
Je me sers d’animaux pour instruire les hommes.

La Fontaine croyait Esope «  difforme, laid de visage, ayant à peine figure d’homme »  et presque incapable de s’exprimer. Ce qui n’empêcha pas Esope, selon la légende, d’obtenir de Crésus l’indépendance d’une cité, en le séduisant par l’une de ses fables. Il avait été l’esclave du « maître » dont parle Montaigne et qui pissait en se promenant.

Velázquez, contemporain de La Fontaine,  reprend cette tradition dans son saisissant tableau. Misérablement vêtu, un In quarto fatigué sous le bras, il lui est fait un terrible visage qui regarde la postérité avec détachement et dédain.

Ceux qui ne se hâtent pas lentement de lire n’ont sans doute pas remarqué qu' »Esope reste ici et se repose » est un palindrome connu.

Camp-Volant

03/11/2013

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