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« Sionisme » partout, vérité nulle part. Confussionisme, oserais-je dire. Accablé par la lecture de centaines de commentaires envoyés à ce blog ces dernières semaines par des dieudolâtres s’imaginant être les victimes d’un « complot sioniste », je me permet de reproduire à leur usage, à la suite de l’ Association France Palestine Solidarité (AFPS), l’article trapu que Maxime Rodinson (1915-2004), historien et sociologue, spécialiste de l’Islam et auteur notamment d’une biographie de Mahomet, consacra à la question pour l’Encyclopedia Universalis en 1972.

Il est vrai que Rodinson était juif et qu’un dieudolâtre vient de m’informer du fait que l’AFPS, qui condamne « l’imposteur raciste Dieudonné », est … une organisation « sioniste »!

Il n’est pas moins vrai qu’à l’équation dévastatrice « juif = sioniste », c’est-à-dire que tout juif serait complice de la politique de l’État d’Israël, répond malheureusement pour certains l’équation en quelque sorte  inverse et symétrique : »antisioniste= antisémite », selon laquelle toute critique de l’Etat d’Israël serait antisémite, également désastreuse.

Mais il n’est pas besoin d’espérer pour entreprendre.

Camp-Volant

04/01/2014


Le mot « sio­nisme » apparaît à la fin du XIXe siècle pour désigner un ensemble de mou­ve­ments dif­fé­rents dont l’élément commun est le projet de donner à l’ensemble des Juifs du monde un centre spi­rituel, ter­ri­torial ou éta­tique, en général localisé en Palestine. Le succès du sio­nisme poli­tique et à visée éta­tique a assuré la pri­mauté et même l’exclusivité à ce sens du mot. Une fois son but atteint, le mou­vement idéo­lo­gique sio­niste de type poli­tique s’est trouvé face à de nou­veaux pro­blèmes lui imposant une nou­velle défi­nition. Les idéo­logues anti­sio­nistes ont, eux aussi, sou-​​ vent usé du terme « sio­nisme » de façon laxiste.

Pour les uns, le sio­nisme découle d’une vocation nationale per­ma­nente de l’ensemble juif, par là même légitime et bien­fai­sante. Pour d’autres, il repré­sente une infi­délité essen­tielle aux valeurs uni­ver­sa­listes, qu’il s’agisse de celles de la religion juive, de l’humanisme libéral ou de l’internationalisme pro­lé­tarien. Pour d’autres encore, et parfois pour les mêmes, il est surtout une éma­nation mal­fai­sante soit de l’essence nocive des Juifs, soit du capi­ta­lisme impérialiste.

On étu­diera surtout ici les idéo­logies qui visent à regrouper les Juifs, d’abord dans le cadre général des ten­dances au regrou­pement ou à l’établissement d’un centre éta­tique pour des mino­rités dis­persées et « infé­rio­risées », puis par rapport aux diverses concep­tions juives qui, au cours de l’histoire, pri­vi­lé­gient la Palestine comme lieu d’un tel centre. L’actualisation des pre­mières en ce qui concerne les Juifs sera expliquée comme un résultat des pos­si­bi­lités ouvertes à un projet réa­liste de ce type par les condi­tions éco­no­miques, poli­tiques et idéo­lo­giques de la fin du XIXe siècle, projet aidé au surplus par la conjoncture de la situation juive en Europe. On traitera briè­vement des consé­quences de la réa­li­sation de ce projet en Palestine arabe, d’abord pour les Arabes, notamment pales­ti­niens, puis pour l’ensemble juif et l’orientation sio­niste ellemême. Ce n’est qu’ensuite qu’on pourra définir les élé­ments d’une appré­ciation et d’une cri­tique éthiques.

Sources de l’idéologie du regroupement en Palestine

Les « sionismes » ou tendances centripètes d’un groupe dispersé

En règle générale, un groupe infé­riorisé peut donner nais­sance, à côté de reven­di­ca­tions d’égalité et de volontés d’intégration, à des ten­dances sépa­ra­tistes, surtout, mais non exclu­si­vement, s’il est hété­rogène à la société ambiante. Si un tel groupe est dis­persé, la ten­dance sépa­ra­tiste aspire parfois à la création d’un centre plus ou moins autonome dans un ter­ri­toire donné et, entre autres, d’un centre doté de l’autonomie de décision que confère la structure éta­tique. On pourrait parler alors de « sio­nismes ». Un symbole en est fourni par le mythe des Ama­zones qui exprime au moins qu’on a cru conce­vable une ten­dance de ce genre pour le sexe féminin. Les « colonies » au sens antique regrou­paient ainsi des expa­triés qui, parfois, se recru­taient de pré­fé­rence dans des caté­gories insa­tis­faites de la métropole. Cer­taines migra­tions tri­bales ont eu le même caractère. De même, les colonies puri­taines, puis socia­listes éta­blies en Amérique.

La for­mu­lation d’un projet éta­tique de ce genre requiert l’existence de condi­tions telles qu’un degré minimal de conscience commune d’identité et d’échanges régu­liers entre les groupes locaux (condi­tions non rem­plies chez les Tzi­ganes par exemple).

La ten­dance dans ce sens est d’autant plus forte que l’ensemble en question est frustré, brimé, per­sécuté. Le projet éta­tique est par­ti­cu­liè­rement propre à surgir chez des groupes dis­persés qui pré­sentent plus ou moins le caractère d’une ethnie et chez qui le modèle d’un État eth­nique est présent dans leur propre his­toire ou dans l’exemple des autres. L’idéologie du natio­na­lisme moderne, pro­posant les valeurs natio­nales en général comme suprêmes, encourage for­tement une telle orien­tation. La situation des Noirs amé­ri­cains a suscité chez eux plu­sieurs projets de ce genre, dont l’un a été réalisé, celui du Liberia. Une com­mu­nauté reli­gieuse, mino­ri­taire et infé­rio­risée, peut for­muler des aspi­ra­tions iden­tiques, et cela d’autant plus for­tement qu’elle pré­sente cer­tains carac­tères eth­niques et culturels communs. Cela a été le cas des musulmans de l’Inde, d’où la création du Pakistan.

Tout nouvel État créé de cette façon doit néces­sai­rement faire face aux mêmes pro­blèmes : rap­ports avec la dia­spora demeurée hors de l’État (qui peut com­porter des oppo­sants actifs ou passifs au projet éta­tique) et situation de cette dia­spora vis-​​à-​​vis des États où elle demeure, maintien dans le nouvel État du caractère par­ti­culier que lui ont donné ses fon­da­teurs (dans le mythe grec, le pro­blème posé aux Ama­zones par leurs enfants mâles), rela­tions avec les autoch­tones lorsque le ter­ri­toire occupé n’est pas vide.

Chez les Juifs, il y eut des projets de regrou­pement ailleurs qu’en Palestine. Herzl lui-​​même fut séduit un moment par l’Argentine et par le Kenya. L’URSS a favorisé pendant quelque temps une unité juive de langue yiddish au Biro­bidjan, qui est encore offi­ciel­lement « ter­ri­toire autonome juif ». I1 y a eu des États de religion juive au Yémen (Ve-​​VIe siècles) et en Russie du Sud (État khazar, VIIIe-​​XIe siècles).

Les tendances palestinocentriques dans l’histoire juive

L’attachement de l’ethnie israélite ou hébraïque de l’Antiquité à son pays, la Palestine, était un fait normal, d’abord à peine théorisé. Mais l’évolution interne de la religion eth­nique dans le royaume de Juda aboutit, au VIIe siècle avant J.-C., à faire pro­clamer comme seul légitime le culte rendu au dieu eth­narque Yahweh dans le Temple de Jéru­salem, ce qui entraîna une sacra­li­sation crois­sante de cette ville.

La perte de l’indépendance des royaumes hébraïques d’Israël (721) et de Juda (587), les dépor­ta­tions mas­sives en Méso­po­tamie qui l’accompagnèrent déve­lop­pèrent surtout chez les déportés qui venaient grossir une émi­gration déjà nom­breuse, des aspi­ra­tions au retour, à la res­tau­ration poli­tique et à celle du culte légitime par la recons­truction du Temple de Jéru­salem. Ces aspi­ra­tions s’exprimèrent au travers d’une idéo­logie reli­gieuse qui mettait l’accent sur les droits éternels du peuple d’Israël à la terre pales­ti­nienne garantis par les pro­messes de Yahweh, et qui pro­phé­tisait la recons­truction d’une Jéru­salem nou­velle (désignée poé­ti­quement sous le nom de Sion) où les Juifs (c’est-à-dire les Judéens) revenus à leur patrie res­tau­re­raient le culte de Yahweh. Ce dieu eth­nique ayant acquis dans le mou­vement pro­phé­tique une puis­sance uni­ver­selle, toutes les nations afflue­raient vers la ville sainte qui serait le théâtre du jugement escha­to­lo­gique et du festin de joie offert à l’humanité entière.

Cette idéo­logie inspira toutes les ten­dances ulté­rieures d’orientation plus ou moins ana­logue, grâce notamment à l’autorité des textes où elle s’exprimait, vite devenus sacrés (sacrés éga­lement, plus tard, pour les chré­tiens, d’où la thèse d’un « sio­nisme de Dieu », titre d’un livre récent d’un pasteur pro­testant). Un groupe de déportés « sio­nistes » revint en Palestine grâce aux rois perses à la fin du VIe siècle avant J.-C., recons­truisit le Temple, recons­titua une com­mu­nauté fidèle au judaïsme, com­mu­nauté autonome sous des suze­rai­netés étran­gères, indé­pen­dante de 142 à 63 avant J.-C., dépé­rissant très len­tement sous l’Empire romain après la répression des révoltes de 70 (marquée par la des­truction défi­nitive du Temple) et de 135 (à partir de cette date, l’accès de Jéru­salem est interdit aux Juifs).

Une très nom­breuse dia­spora per­sista et se ren­força. Tant que le Temple sub­sista, beaucoup de Juifs appli­quaient (très par­tiel­lement) la recom­man­dation biblique d’un pèle­rinage à Jéru­salem trois fois l’an. On suivait avec intérêt, comme dans toute émi­gration, les vicis­si­tudes de la métropole pales­ti­nienne tant qu’elle fut le centre d’une impor­tante com­mu­nauté juive (avec, jusqu’en 425, le siège du patriarche, chef spi­rituel théo­rique de tous les Juifs) : luttes, révoltes, gloires, mal­heurs. Elle était au surplus glo­ba­lement sacra­lisée comme habitat des ancêtres, théâtre de l’histoire sainte du peuple d’Israël, où se loca­li­saient maintes théo­phanies de Yahweh.

Les com­mu­nautés juives dis­persées (com­mu­nautés reli­gieuses conservant beaucoup de traits d’une ethnie ou peuple) pas­sèrent par des situa­tions fluc­tuantes suivant les époques et les lieux, mais n’incitant jamais à une satis­faction sans mélange, du fait qu’elles furent presque tou­jours mino­ri­taires et sou­mises. Aussi leurs orien­ta­tions idéo­lo­giques étaient-​​elles com­plexes et variables. L’« utopie » d’une res­tau­ration escha­to­lo­giques d’Israël en Palestine (pays désigné en général en hébreu sous le nom d’érèts Yisrael, « la terre d’Israël ») sub­sistait tou­jours. Elle ne sus­citait que des projets réa­listes très limités : pèle­ri­nages, éta­blis­sement indi­viduel en Palestine pour y mener une vie pieuse en attendant pas­si­vement le Messie res­tau­rateur, au maximum maintien ou réta­blis­sement d’une com­mu­nauté pales­ti­nienne impor­tante, elle aussi sans projet poli­tique, mais sus­cep­tible de fournir à l’ensemble juif un centre spirituel.

Dans la mesure où une com­mu­nauté juive de la dia­spora était prospère et libre, voire dotée d’autorité, le pales­ti­no­cen­trisme ou la pales­ti­no­tropie s’affaiblissait sans jamais dis­pa­raître tout à fait, étant donné le mythe escha­to­lo­gique et les cha­rismes spé­ciaux de la Palestine garantis par les textes sacrés. Ainsi la com­mu­nauté baby­lo­nienne, prospère, dotée d’un grand prestige intel­lectuel et spi­rituel, vivant de façon assez pai­sible sous l’autorité d’un « exi­larque » supposé de des­cen­dance davi­dique, reconnu et honoré par le pouvoir perse, concur­rença la Palestine du IIe au VIIe siècle. Un chef d’école baby­lonien, Juda ben Ezekiel (220299), faisait un péché de l’émigration de Méso­po­tamie en Palestine avant la fin des temps.

Par contre, la misère et la per­sé­cution ten­daient à déve­lopper le pales­ti­no­cen­trisme. Cependant, étant donné la fai­blesse des Juifs et la situation poli­tique de la Palestine, on se repliait sur l’espoir fervent, mais passif, de la res­tau­ration escha­to­lo­gique et sur les projets et les actions limités énu­mérés ci-​​dessus. Parfois, un faux messie pro­clamait venue la fin des temps et entraînait en Palestine un petit groupe. Des déve­lop­pe­ments théo­lo­giques idéa­li­saient au maximum la Palestine et construi­raient une théo­logie de l’exil (galût). Des éla­bo­ra­tions méta­phy­siques, comme celle de l’école caba­liste très influente d’Isaac Luria (15341572), pri­vaient de toute réalité concrète à la fois l’exil et le regrou­pement, en en faisant des situa­tions cosmiques.

Des projets pales­ti­no­cen­triques plus réa­listes appa­rurent à partir du XVIe siècle sous l’influence com­binée de l’expulsion massive des Juifs ibé­riques, du mas­sacre des Juifs d’Europe orientale (16481658), de la sécu­la­ri­sation crois­sante de la pensée euro­péenne, des spé­cu­la­tions des chré­tiens pro­tes­tants sur la fin des temps et le rôle des Juifs selon la Bible, de la grande tolé­rance, puis du déclin de l’Empire ottoman. Le rabbin espagnol Berab (14741546) proposa en vain de res­taurer une autorité reli­gieuse suprême en Palestine. Le ban­quier juif Joseph Nasi, en faveur à la cour ottomane, se fit concéder un petit dis­trict autour de Tibé­riade où il ins­talla vers 1565 des réfugiés en déve­loppant une industrie textile qui les faisait vivre. Au XVIIe siècle, Shab­bataï Zevi, s’étant pro­clamé messie, voulut entraîner des masses juives au départ immédiat pour la Palestine, dans l’attente de la res­tau­ration escha­to­lo­gique immi­nente. Mais il n’avait pas de projet poli­tique précis, quelles qu’aient pu être les craintes du gou­ver­nement ottoman.

M.Rodinson

L’actualisation de l’idéologie : le sionisme

Du présionisme au sionisme

Les aspi­ra­tions au regrou­pement, existant au moins à l’état latent chez les Juifs, à côté d’autres liées ou non aux ten­dances pales­ti­no­cen­triques, n’avaient pas ouvert la voie à un projet poli­tique réa­liste. La flo­raison des projets colo­niaux en Europe chré­tienne à partir du XVIe siècle et les fac­teurs déjà men­tionnés firent surgir des plans (surtout chez les chré­tiens) de regrou­pement juif en Palestine ou en Amé­rique, au bénéfice d’une puis­sance ou même d’un homme (plan de Maurice de Saxe). Le plus ancien pourrait être celui d’Isaac de La Peyrère, pro­posant en 1643 une colo­ni­sation de la Palestine sous égide fran­çaise par des Juifs convertis (comme lui). [Cer­tains agi­tèrent l’idée en 1799, mais sans la notion de conversion, à l’occasion de l’expédition de Bona­parte en Syrie.]

Le natio­na­lisme séculier n’apparaît chez les Juifs qu’après 1840, sous l’influence de l’essor de l’idéologie natio­na­liste en Europe. Deux rabbins, Yehouda Alkalay (17981878) et Zebi Hirsch Kali­scher (17951874), réin­ter­prètent ainsi l’eschatologie juive, tandis que le socia­liste juif assimilé Moses Hess (18121875) déve­loppe un projet éga­lement pales­tinien dans une ligne réso­lument irré­li­gieuse en 1862. Cette ten­dance, presque sans écho en milieu juif, allait dans le même sens que les plans des États chré­tiens sur le partage de l’Empire ottoman, l’effort mis­sion­naire pro­testant de conversion des Juifs, le phi­lan­thro­pisme juif ou judéo­phile et les spé­cu­la­tions mil­lé­na­ristes pour mul­ti­plier les projets pales­ti­niens. Ceux-​​ci ne com­men­cèrent à recueillir l’appui d’une base juive quelque peu impor­tante que grâce à l’essor de l’antisémitisme après 1881, à la géné­ra­li­sation de la conception du monde non européen comme espace colo­ni­sable, à la dégra­dation du pouvoir ottoman. C’est alors que les masses juives les plus brimées et les plus per­sé­cutées, et en même temps les moins assi­milées, celles d’Europe orientale, poussées à une émi­gration assez massive, deviennent récep­tives à de tels projets, quoique de façon très mino­ri­taire : une très faible partie des émigrés se dirigent vers la Palestine. Prenant la suite d’essais idéo­lo­giques moins convain­cants (Pinsker, etc.), et concur­remment avec des projets fondés sur les aspi­ra­tions purement reli­gieuses (départ de groupes attendant le Mil­lenium en Palestine), sur les aspi­ra­tions sécu­lières à l’amélioration du sort des Juifs concernés (colonies agri­coles en divers lieux) ou sur l’établissement d’un centre juif spi­rituel ou intel­lectuel en Palestine, Theodor Herzl mit enfin au point, sous une forme mobi­li­sa­trice, la charte d’un natio­na­lisme juif sécu­larisé et centré (surtout, mais non exclu­si­vement) sur la Palestine.

La causalité sociale du sionisme

Les ten­dances de gauche, sio­nistes ou anti­sio­nistes, ont cherché, dans la ligne du dog­ma­tisme mar­xiste, à légi­timer leur option en situant leur lutte dans le cadre d’une lutte de classes. Les sio­nistes de gauche insistent sur la force de l’élément juif pro­lé­tarien et de l’idéologie socia­liste dans le mou­vement sio­niste et sug­gèrent qu’Israël pourrait, dans cer­taines condi­tions, contribuer au mou­vement anti-​​impérialiste mondial. Les anti­sio­nistes de gauche (et même de droite) insistent sur la direction bour­geoise et capi­ta­liste du mou­vement dans le passé, sur ses connexions impé­ria­listes dans le présent. La vision commune est celle d’états-majors de classe dressant leurs plans et mobi­lisant leurs troupes en vue de défendre ou de pro­mouvoir leurs intérêts propres.

Si cette vue des choses doit être rejetée, il est vrai que ces thèses idéo­lo­giques contrastées intègrent dans des syn­thèses dou­teuses des élé­ments de fait en partie valables pour une analyse socio­lo­gique ration­nelle. Le mou­vement sio­niste, divisé en nom­breux cou­rants, a canalisé et organisé cer­taines ten­dances qui exis­taient dans !a popu­lation juive, surtout en Europe et en Amérique.

Cet ensemble humain était très varié : Juifs de religion, Juifs irré­li­gieux mais voulant garder quelque lien avec une identité juive, Juifs assi­milés sans intérêt pour le judaïsme ni la judéité, mais regardés par les autres comme juifs. À part l’ascendance il n’avait d’unité que dans ce regard des autres. Dis­persés, les Juifs appar­te­naient (inéga­lement) à diverses couches sociales, dif­fé­rentes suivant les lieux, étaient plus ou moins intégrés, par­ti­ci­paient parfois à une culture propre aux seuls Juifs de cer­tains pays (yid­di­sho­phones d’Europe orientale), étaient pénétrés de mul­tiples cou­rants idéologiques.

Le sio­nisme les poussait à une option entre des projets d’intégration (ou à la rigueur d’autonomie cultu­relle locale), avec adoption des aspi­ra­tions et tâches pro­posées dans les diverses nations, et un projet natio­na­liste sépa­ra­tiste fondé sur les ves­tiges sub­sis­tants d’une his­toire commune dans leur propre conscience et celle de leur milieu. Divers fac­teurs très dif­fé­rents, aussi bien indi­vi­duels que col­lectifs, favo­ri­saient l’un ou l’autre choix. On vit bien des familles divisées sur ce plan. Mais toute réaction de rejet du milieu ambiant favo­risait l’option séparatiste.

Il est bien vrai cependant que l’appartenance à une classe don-​​ née pouvait orienter pré­fé­ren­tiel­lement vers une des options en pré­sence. Une analyse assez nuancée des atti­tudes fluc­tuantes des diverses couches juives envers le sio­nisme a été pro­posée par Eli Lobel. On n’a la place ici ni de la résumer ni de la nuancer encore.

Très sché­ma­ti­quement, on peut dire que les troupes du mou­vement furent fournies par les Juifs pauvres et per­sé­cutés d’Europe orientale, ceux du moins qui, encadrés encore par les struc­tures com­mu­nau­taires, étaient orientés vers l’émigration en Palestine par des sen­ti­ments reli­gieux ou par les séquelles des ten­dances pales­ti­no­cen­triques décrites plus haut. La direction fut plutôt fournie par des intel­lec­tuels des classes moyennes qui cher­chèrent des moyens finan­ciers dans la haute bour­geoisie juive d’Occident, dési­reuse de détourner de l’Europe occi­dentale et de l’Amérique une vague d’émigration popu­laire dan­ge­reuse pour sa volonté d’assimilation par les carac­té­ris­tiques eth­niques étran­gères qu’elle conservait et par ses ten­dances révolutionnaires.

On ne peut par consé­quent consi­dérer le sio­nisme sim­plement comme l’émanation d’une classe déter­minée de Juifs. Il est vrai que le mou­vement dans son ensemble, pour atteindre ses buts, a cherché et obtenu l’appui de divers impé­ria­lismes européo-​​américains (surtout bri­tan­nique, puis amé­ricain), qu’il a obtenu aussi la plus grande part de son finan­cement auprès des couches juives les plus nanties, notamment celles des États-​​Unis, qui se gar­daient pour leur part d’émigrer en Palestine. Il est vrai aussi que l’excommunication du sio­nisme par l’Internationale com­mu­niste en a écarté, pendant long­temps, beaucoup de pro­lé­taires juifs. Le caractère tra­gique de situation juive en Europe après 1934, et surtout après 1939, lui a valu par contre le ral­liement de nom­breux Juifs long­temps réti­cents, de toutes les couches sociales et de toutes les ten­dances idéologiques.

La réalisation du projet sioniste et ses conséquences

Les relations avec les Arabes

Le sio­nisme à ses débuts a prêté fort peu d’attention au fait que le ter­ri­toire reven­diqué était occupé par une autre popu­lation, les Arabes. Cela était com­pré­hen­sible à une époque où la colo­ni­sation paraissait un phé­nomène normal et louable. Néan­moins, cer­tains sio­nistes poli­tiques, une grande autorité du sio­nisme spi­rituel comme Ahad ha-’am, beaucoup de Juifs anti­sio­nistes met­taient en garde contre les pro­blèmes sou­levés par ce fait.

À l’époque du mandat bri­tan­nique (de la fin de la Pre­mière Guerre mon­diale à 1948), la question devint pri­mor­diale. La direction du mou­vement sio­niste mit tac­ti­quement en veilleuse le projet d’État exclu­si­vement juif, sans cesser de le main­tenir comme idéal et objectif final. Des ten­dances se firent jour, chez les sio­nistes de gauche et idéa­listes du type de Judah Leon Magnes et Martin Buber, à se replier sur l’idéal d’un État bina­tional judéo-​​arabe en Palestine. Cer­tains négo­cièrent avec des notables arabes. Cependant, la plupart des Juifs renon­çaient dif­fi­ci­lement à la liberté de l’émigration juive en Palestine (et furent de moins en moins enclins à y renoncer devant la montée de l’antisémitisme nazi), liberté dif­fi­ci­lement accep­table par les Arabes dans la mesure où, non limitée, elle ris­quait de trans­former la minorité juive en majorité et de conduire ainsi à une alié­nation du territoire.

Après la consti­tution de l’État d’Israël en 1948, l’idée d’État bina­tional (dans le sens d’un État où des dis­po­si­tions orga­niques ne garan­ti­raient pas la pré­do­mi­nance juive) fut pra­ti­quement aban­donnée du côté juif. Du côté arabe, à partir de 1967 environ, les Pales­ti­niens lan­cèrent l’idée d’un État démo­cra­tique et laïque, dont Juifs et Arabes seraient citoyens à égalité de droits. La plupart des Israé­liens et de leurs amis, relevant dans ce plan l’absence de garanties effi­caces pour les intérêts col­lectifs de chaque groupe eth­ni­co­na­tional, en sus­pectent la sin­cérité. D’autre part, les orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes et arabes se refusent à admettre (du moins publi­quement) l’existence d’une nou­velle nation israé­lienne. Les Juifs de Palestine sont consi­dérés comme les membres d’une com­mu­nauté reli­gieuse (d’où l’insistance sur le laï­cisme dans le plan cité) sur le modèle des diverses com­mu­nautés du Moyen-​​Orient coexistant au sein d’un même État. Le caractère exclu­si­vement arabe de la Palestine n’est pas mis en question. Dès lors, toute solution de ce type implique l’arabisation des Juifs occi­dentaux vivant actuel­lement en Israël. Cela est repoussé par l’immense majorité des Israé­liens qui tiennent à un État juif, de langue et de culture hébraïques, même par les Juifs israé­liens de langue arabe (fort nom­breux main­tenant) qui tendent au contraire à s’hébraïser. Cer­tains des mieux dis­posés envers les griefs arabes (peu nom­breux au demeurant) se rési­gne­raient au maximum à un véri­table État bina­tional où les deux élé­ments ethnico-​​nationaux conser­ve­raient des struc­tures poli­tiques propres, avec des garanties pour la défense des aspi­ra­tions et des intérêts col­lectifs de chacun. Mais les succès mili­taires israé­liens et l’absence de plan de ce genre du côté arabe encou­ragent peu le déve­lop­pement d’une telle attitude.

L’idéologie sioniste après le triomphe du sionisme

Le sio­nisme poli­tique a atteint son but, la création d’un État juif en Palestine. Cet État peut main­tenant être défendu par les moyens habi­tuels des struc­tures éta­tiques, la diplo­matie et la guerre. Cer­tains en ont logi­quement déduit que le sio­nisme, à pro­prement parler, n’avait plus de raison d’être. Les amis d’Israël devraient être qua­lifiés de pro-​​israéliens, qu’ils soient juifs ou non. David Ben Gourion lui-​​même a montré un pen­chant pour cette thèse. La jeu­nesse israé­lienne montre peu d’intérêt pour l’idéologie sio­niste clas­sique. Des natio­na­listes israé­liens peuvent vouloir se dégager de celle ci et rompre les liens pri­vi­légiés avec les Juifs qui ont choisi de rester dans la dia­spora, que cette attitude soit ou non accom­pagnée de la recon­nais­sance d’un natio­na­lisme pales­tinien légitime, comme chez le député non confor­miste Uri Avneri, qui plaide pour une fédé­ration binationale.

Cependant, un mou­vement sio­niste puissant se main­tient, divisé en mul­tiples ten­dances idéo­lo­giques, sur le plan social notamment. Il s’agit d’un natio­na­lisme juif séculier, quoique fondé sur une défi­nition du Juif qui ne peut prendre pour critère que l’affiliation reli­gieuse actuelle ou ances­trale. Il n’en main­tient pas moins la vocation nationale de l’ensemble juif à travers les âges. Il s’efforce de concilier ce diag­nostic avec la volonté de la plupart des Juifs de rester membres (nor­ma­lement patriotes et éven­tuel­lemet natio­na­listes) d’autres com­mu­nautés natio­nales. Même auprès des très nom­breux Juifs qui le refusent sous sa forme théo­rique, un tel natio­na­lisme combat les ten­dances à l’assimilation, cultive tous les ves­tiges d’identité propre, prêche une soli­darité active avec Israël, cherche à mobi­liser en sa faveur les res­sources et les énergies des Juifs, en fait un devoir de même qu’il main­tient le devoir (très théo­rique) de l’alya, de l’émigration de chacun en Israël. C’est là d’ailleurs un point de dis­cussion et de dis­sension, les Juifs amé­ri­cains notamment refusant de recon­naître ce devoir indi­viduel. Dès lors, leur attitude se dis­tingue mal d’un pro-​​israélisme sys­té­ma­tique, peu dis­cer­nable de celui des non-​​Juifs.

La confusion est grande sur tous ces concepts. L’opinion anti­sio­niste se refuse en général, notamment chez les Arabes, à dis­tinguer entre patrio­tisme ou natio­na­lisme israélien, attitude pro-​​israélienne, recon­nais­sance de l’existence légitime d’un État d’Israël, consta­tation de la for­mation d’une nou­velle nation israé­lienne, attitude pales­ti­no­cen­trique tra­di­tion­nelle des Juifs reli­gieux. Tout cela est confondu dans le concept de « sio­nisme ». Dans une veine polé­mique, on va jusqu’à qua­lifier de sio­nisme toute défense des droits indi­vi­duels des Juifs, toute sym­pathie pour les Juifs ou toute cri­tique d’une position arabe. L’opinion prois­raé­lienne et vraiment sio­niste, d’autre part, tend à confondre ces atti­tudes pour étendre aux plus contestées d’entre elles le bon renom qui s’attache aux autres.

Les conséquences du succès sioniste pour le « problème juif »

L’attitude sio­niste consiste aussi à faire l’apologie du succès du mou­vement en mon­trant ses consé­quences bien­fai­santes pour la situation des Juifs dans leur ensemble.

Cer­taines de ces consé­quences sont indé­niables. Les succès éco­no­miques et mili­taires israé­liens tendent à faire dis­pa­raître l’image tra­di­tion­nelle du Juif comme être malingre, inca­pable d’effort phy­sique et de vigueur constructive, rejeté par là vers un intel­lec­tua­lisme dés­in­carné ou des acti­vités sour­noises, inter­lopes, malfaisantes.

L’amélioration de leur image tend à liquider cer­taines angoisses, cer­tains com­plexes des Juifs. Sur un plan plus concret, l’État d’Israël offre un refuge sûr (sauf en cas d’une concré­ti­sation plus poussée de l’inimitié arabe) pour les Juifs per­sé­cutés ou brimés.

Cependant, ces consé­quences ne sont pas les seules. Le mou­vement sio­niste, créé par une poignée de Juifs et n’en ayant mobilisé qu’une minorité, a forcé, à partir d’un certain seuil, l’ensemble des Juifs à se déter­miner par rapport à lui. La création de l’État d’Israël les a contraints à prendre parti, volens nolens, sur des pro­blèmes de poli­tique inter­na­tionale moyen-​​orientale qui nor­ma­lement les auraient peu inté­ressés. Les dangers qu’ont courus ou qu’ont cru courir les Juifs de Palestine les ont orientés, en grande partie, vers un sen­timent de soli­darité que les auto­rités sio­nistes et israé­liennes se sont atta­chées à élargir et à uti­liser. La pro­pa­gande sio­niste, dès le début, leur avait d’ailleurs pré­senté l’option sio­niste comme un devoir, comme l’aboutissement normal de ten­dances latentes chez tout Juif. Israël, en maintes occa­sions, se pro­clame leur repré­sentant. Dès lors, l’ensemble des Juifs a tendu à paraître aux yeux des autres comme un groupe de type national, ce qui sem­blait confirmer la dénon­ciation tra­di­tion­nelle des antisémites.

Cela a eu de graves incon­vé­nients, en premier lieu pour les Juifs des pays arabes, aupa­ravant com­mu­nauté reli­gieuse de langue arabe parmi d’autres, méprisée et brimée dans les pays les plus retar­da­taires, mais sans graves pro­blèmes, par exemple, dans les pays de l’Orient arabe. Dans l’atmosphère de la lutte israélo-​​arabe, il était inévi­table qu’on les soup­çonnât de com­plicité avec l’ennemi, et la plupart ont dû quitter leur pays. De même, cela a fait naître des soupçons à l’égard des res­sor­tis­sants juifs des États com­mu­nistes qui avaient pris une position vigou­reuse en faveur des Arabes. Ces soupçons nou­veaux ont été uti­lisés par cer­tains poli­ti­ciens, tout comme les restes vivaces de l’antisémitisme popu­laire, dans des buts de poli­tique inté­rieure et ont abouti, en Pologne, à un véri­table regain anti­sé­mi­tisme organisé.

En dehors même de ces cas, dans les pays où le « pro­blème juif » était en voie de liqui­dation, l’identité juive a été main­tenue pour beaucoup de Juifs qui ne le dési­raient nul­lement : ceux qui jugeaient qu’une ascen­dance plus ou moins commune, des ves­tiges culturels très souvent fort minces et en voie de dépé­ris­sement, surtout une situation commune à l’égard des attaques anti­sé­mites et des efforts de séduction du sio­nisme (les unes en décrois­sance pour le moins et les autres souvent repoussées) ne jus­ti­fiaient pas l’adhésion à une com­mu­nauté spé­ci­fique de type ethnico-​​national. Les consé­quences du succès d’Israël entra­vaient ainsi for­tement les efforts d’assimilation en voie de réussite globale.

Pour les Juifs même, en nombre réduit, qui, dans ces pays, étaient attachés au judaïsme reli­gieux et à lui seul, et dési­raient une assi­mi­lation sur tous les autres plans, cette situation abou­tissait à donner une colo­ration nationale à leur option com­mu­nau­taire ou exis­ten­tielle. Cela d’autant plus que le succès d’Israël revi­vi­fiait tous les élé­ments eth­niques de la vieille religion juive, écartant celle-​​ci des ten­dances uni­ver­sa­listes, elles aussi vivaces depuis l’époque des pro­phètes. Le judaïsme reli­gieux, long­temps opposé au sio­nisme, s’y était rallié peu à peu.

Éléments de jugement éthique

L’ensemble de ces élé­ments de fait ne saurait suffire à asseoir un jugement éthique qui implique for­cément aussi une réfé­rence à des valeurs choisies. Le sio­nisme est un cas très par­ti­culier de natio­na­lisme. Si une cri­tique de type purement natio­na­liste est désarmée devant lui, par contre une cri­tique uni­ver­sa­liste est intel­lec­tuel­lement plus fondée. Par défi­nition, elle ne peut se borner à mettre en balance les avan­tages et les incon­vé­nients du sio­nisme pour les Juifs. Elle sou­li­gnerait surtout, en dehors des consé­quences géné­rales de la défi­nition natio­na­liste de l’ensemble juif, le tort consi­dé­rable fait au monde arabe par le projet réalisé du sio­nisme poli­tique centré sur la Palestine : alié­nation d’un ter­ri­toire arabe, cycle de consé­quences conduisant à la subor­di­nation et à l’expulsion d’une partie très impor­tante de la popu­lation pales­ti­nienne (on voit mal comment le projet sio­niste aurait pu réussir autrement), à une lutte nationale détournant beaucoup d’énergies et de res­sources du monde arabe de tâches plus construc­tives, ce qui paraît avoir été inévi­table à une époque de natio­na­lismes exa­cerbés et de lutte vio­lente contre toute espèce d’entreprise coloniale.

Une cri­tique des méthodes du sio­nisme est inopé­rante et insuf­fi­sante en elle-​​même. L’analyse objective ne peut que ren­voyer dos à dos l’idéalisation intem­pé­rante du mou­vement par les sio­nistes et leurs sym­pa­thi­sants et la « dia­bo­li­sation » non moins for­cenée à laquelle se livrent souvent leurs adver­saires. Le mou­vement sio­niste, divisé en nom­breuses branches diver­gentes, a les carac­té­ris­tiques nor­males de tout mou­vement idéo­lo­gique de ce type. Elles évoquent souvent celles, notamment, du com­mu­nisme. Les orga­ni­sa­tions sio­nistes ont employé les méthodes habi­tuelles, cer­tains groupes et cer­tains hommes agissant avec plus de scru­pules que d’autres pour atteindre leurs visées. On peut trouver des cas d’abnégation et d’exploitation per­son­nelle de l’idéologie, des exemples de bru­talité et d’humanité, des cas de tota­li­ta­risme entiè­rement axé sur l’efficacité et d’autres où les fac­teurs humains ont été pris en ligne de compte.

Natu­rel­lement, toute cri­tique uni­ver­sa­liste du natio­na­lisme en général vise aussi le sio­nisme. On y retrouve toutes les carac­té­ris­tiques déplai­santes du natio­na­lisme et d’abord le mépris du droit des autres, déclaré et cynique chez les uns, masqué chez les autres, souvent trans­figuré par l’idéologie et rendu ainsi incons­cient chez beaucoup, déguisé à leurs propres yeux sous des jus­ti­fi­ca­tions morales secondaires.

notes :

Le communiqué de l’AFPS condamnant Dieudonné :

http://www.france-palestine.org/Dieudonne-l-imposteur-raciste-n

Sur Maxime Rodinson :

Jean-Pierre Digard , « Maxime Rodinson (1915-2004) », L’Homme, 171-172 | juillet-décembre 2004, [En ligne], mis en ligne le 24 mars 2005. URL : http://lhomme.revues.org/1546. Consulté le 03 janvier 2014

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