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jour-de-colere-JN3-Alors que sévit une crise sociale sans précédent dans notre histoire ( bientôt 40 ans de chômage de masse ! ), alors que l’actuel et pathétique pouvoir aplaventriste achève de liquider le peu d’espoir qui pouvait encore demeurer chez certains en une alternative «de gauche», voit-on les syndicats et partis appeler les masses à descendre dans la rue ? Non, c’est l’extrême-droite qui, ces dernières semaines, tente d’occuper le terrain qui lui est abandonné.
Et pas n’importe laquelle. Celle qui profite de l’espace politique que le FN doit désormais laisser sur sa droite.

Le 26 janvier, c’était son «Jour de colère».
La presse s’est beaucoup (trop) gaussé du ridicule hétéroclite du cortège et des «revendications» exprimées ce jour là : défense des poneys clubs, hostilité à l’éco-taxe, destitution du président de la république, etc. Mais les vraies organisations politiques présentes ont su faire passer leur message. Celui du fascisme le plus «classique».

Sous l’œil attendri du national-socialiste Alain Soral et de ses 200 gardes du corps, on a scandé «Juif, Sioniste, la France n’est pas à toi», «Francs-maçons, dissolution», «La France, aux Français» ou encore, comme pour savourer la «liberté d’expression» revendiquée par les Dieudolâtres : «Juifs, Juifs, Juifs», sans plus. Les riverains des boulevards parisiens, de la Bastille aux Invalides, purent même entendre scander le nom de «Faurisson», qui rime pour ces gens-là avec «a raison» et «la shoah c’est du bidon». Un cortège marchait derrière une banderole portant ces mots : «Vivement le putsch !» et appelait l’armée a prendre le pouvoir et le dessus sur la «ripoublique». D’autres célébraient en ricanant et en chantant l’assassinat par un des leurs de Clément Méric. Avant que quelques centaines de nervis bien équipés n’affrontent la police pendant quelques heures pour finir en beauté.
La séquence de retour de l’antisémitisme commencée dans les media  avec «l’affaire Dieudonné» a bel et bien débouché, ce jour-là, dans la rue.

Combien étaient-ils à  manifester leur haine sous une pluie glaciale ?  Au moins 20 000, si l’on se fie à ceux qui ont tenté d’évaluer leur nombre (1)

Or, qui appelait à cette manifestation? L’appel était lancé sur les «réseaux sociaux» sous un anonymat d’opérette et une grossière tenue de camouflage façon «citoyens indépendants» ne pouvant abuser personne. Autour du «Printemps Français» et de l’Action Française, seule la partie la plus archaïque et fascistorigide de l’extrême-droite française était présente de façon organisée. Le FN et les islamophobes les plus enragés (Riposte laïque, notamment) s’étaient abstenus (mais pas les Identitaires), bien qu’en accord sur bien des points, disant craindre de défiler avec des musulmans et des «femmes voilées». Était présente l’extrême-droite qui reste campée sur la tradition antisémite et antiparlementaire. Celle que la direction du Front National tente de tenir à distance, ayant plus ou moins réussi son lifting électoral «Bleu Marine» et ayant fait de relatifs «adieux à l’antisémitisme» (D. Vidal), jugeant avec raison l’islamophobie bien plus payante électoralement (2). Celle qui compte bien investir l’espace politique dégagé à la droite du FN par sa soi-disant  «dédiabolisation» auto-proclamée et célébrée quotidiennement par la presse, avec des initiatives comme Jour de Colère.

Le Huffington Post a réalisé un "Pearltrees" sur la nébuleuse « Jour de Colère » (cliquez ici pour  accéder aux détails)

Le Huffington Post a réalisé un « Pearltrees » sur la nébuleuse « Jour de Colère » (cliquez ici pour accéder aux détails) Merci à Isère Antifascisme

L’appel était à la «coagulation» (sic !) des «colères citoyennes»  contre le «dictateur» Hollande, qui « n’écoute pas le peuple, matraque les contribuables, enterre notre armée, libère les délinquants, déboussole nos enfants, pervertit notre système scolaire, réduit nos libertés, assassine notre identité, détruit nos familles« .  Avec une tonalité nettement sociale et l’arrière-pensée évidente de prolonger politiquement les manifestations plus qu’ambiguë déjà des «Bonnets Rouges», ainsi que les manifs homophobes de 2013.

De fait, ils ont quelque peu «coagulé», pas si mal pour un début. Des agriculteurs désespérés, des petits patrons étranglés, des travailleurs frontaliers et des routiers en pétard, des jeunes banlieusards envoûtés par Soral et Dieudonné – et quittant pour la première fois  Youtube et Facebook pour descendre dans la rue -ont marché aux côtés des vrais durs de l’extrême-droite.  Aucun des groupuscules présents – Civitas, JRE, GUD, ex-JNR et Oeuvre Française, Nationalistes Autonomes notamment,  ne compte plus de quelques centaines de membres. Tous sont habitués à manifester rarement, de façon brutale mais très confidentielle. La ratonnade ou le lynchage d’homosexuels sont davantage dans leurs cordes. Pour la première fois depuis très longtemps, ils se sont sentis moins seuls. Leur ambition n’était pas d’égaler les démonstrations de masse de La Manif Pour Tous.  Pas cette fois.

Ce n’était certes pas la Marche sur Rome , ni le 6 fèvrier 34.  Mais faut-il conclure pour autant, comme l’a fait Le Monde, à «la défaite politique» de ce «Jour de Colère»,  eu égard à l’effet repoussoir pour l’immense majorité de la population des terrifiants mots d’ordre entendus ce jour-là ? (3) Rien n’est moins sûr. En l’occurrence, la seule défaite politique évidente est celle … des antifascistes. Espérons qu’elle ne soit que provisoire (4).

L’apathie dramatique de ceux qui devraient mobiliser la colère populaire joue incontestablement en faveur de l’extrême-droite, qu’elle soit idéologiquement mangée aux mites ou ripolinée façon « bleu Marine », comme on le verra très probablement dans les urnes aussi et sous peu. Quoiqu’il en soit, comme l’a notamment relevé Badinter,  c’était la première manifestation antisémite à Paris -tout au moins la première réunissant plus que quelques centaines de néo-nazis – depuis Vichy. Nul doute que cela a constitué en soi une franche réussite pour ses inspirateurs.

Dans plusieurs villes de province sont annoncés des «Jours de colère» début avril. On en saura alors davantage sur l’avenir de JDC. Et sur notre capacité de réaction.
CV

1 Voir http://paris.indymedia.org/spip.php?article14826

2 Dominique Vidal, Le ventre est encore fécond, Libertalia, 7 euros. p. 29. Les passerelles entre FN et néo-nazis existent bien sûr toujours. F. Chatillon le néonazi proche de MLP semblait absent à JDC, pas Axel Loustau, autre proche de la dirigeante du FN, selon Mediapart.

Le site Vigilances Isère Antifascisme signale que certaines fédérations FN, dont celle du Vaucluse (Marion Le Pen), appelaient initialement à JDC : http://www.isere-antifascisme.org/pseudo-jour-de-colere-et-vraie-manif-de-fachos-reacs-le-26-janvier-

3 C. Monnot et A. Mestre : http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2014/01/27/la-defaite-politique-de-jour-de-colere/

4 Une première manifestation antifasciste organisée par le collectif La Horde a eu lieu à Paris le 9 fèvrier.

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