A qui sert leur guerre ?

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Par un collectif Libération, 24 novembre 2015 

Aucune interprétation monolithique, aucune explication mécaniste n’élucidera les attentats. Faut-il pour autant garder le silence ? Beaucoup jugent – et nous les comprenons – que devant l’horreur de l’événement, seul le recueillement serait décent. Mais nous ne pouvons pas nous taire, quand d’autres parlent et agissent pour nous, nous entraînent dans leur guerre. Faut-il les laisser faire, au nom de l’unité nationale et de l’injonction à penser comme le gouvernement ?

Car ce serait la guerre, désormais. Auparavant, non ? Et la guerre pour quoi : au nom des droits de l’homme et de la civilisation ? En réalité, la spirale dans laquelle nous entraîne l’Etat pompier pyromane est infernale. La France est en guerre continuellement. Elle sort d’une guerre en Afghanistan, lourde de civils assassinés. Les droits des femmes y sont toujours bafoués, tandis que les talibans regagnent chaque jour du terrain. Elle sort d’une guerre en Libye qui laisse le pays ruiné et ravagé, avec des morts par milliers et des armes free market qui approvisionnent tous les jihads. Elle sort d’une intervention au Mali. Les groupes jihadistes liés à Al-Qaeda ne cessent de progresser et de perpétrer des massacres. A Bamako, la France protège un régime corrompu jusqu’à l’os, comme au Niger et au Gabon. Les oléoducs du Moyen-Orient, l’uranium exploité dans des conditions monstrueuses par Areva, les intérêts de Total et de Bolloré ne seraient pour rien dans le choix de ces interventions très sélectives, qui laissent des pays dévastés ? En Libye, en Centrafrique, au Mali, la France n’a engagé aucun plan pour aider les populations à sortir du chaos. Or il ne suffit pas d’administrer des leçons de prétendue morale (occidentale). Quelle espérance d’avenir peuvent nourrir des populations condamnées à végéter dans des camps ou à survivre dans des ruines ?

La France prétend détruire Daech ? En bombardant, elle multiplie les jihadistes. Les Rafale tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan. Comme en Irak, certains de ces civils finiront par se solidariser avec les jihadistes : ces bombardements sont des bombes à retardement.

Daech est l’un de nos pires ennemis : il massacre, décapite, viole, opprime les femmes et embrigade les enfants, détruit le patrimoine mondial. Dans le même temps, la France vend au régime saoudien, pourtant connu pour financer des réseaux jihadistes, des hélicoptères de combat, des navires de patrouille, des centrales nucléaires ; l’Arabie Saoudite vient de commander 3 milliards de dollars d’armement ; elle a réglé la facture des deux navires Mistral, vendus à l’Egypte du maréchal Al-Sissi qui réprime les démocrates du printemps arabe. En Arabie Saoudite, ne décapite-t-on pas ? N’y coupe-t-on pas les mains ? Les femmes n’y vivent-elles pas en semi-esclavage ? Engagée au Yémen au côté du régime, l’aviation saoudienne a bombardé les populations civiles, détruisant au passage des trésors architecturaux. Bombardera-t-on l’Arabie Saoudite ? Ou bien l’indignation fluctue-t-elle selon les alliances économiques de l’heure ?

La guerre au jihad, dit-on martialement, se mène en France aussi. Mais comment éviter que ne sombrent des jeunes issus en particulier des milieux populaires, s’ils ne cessent d’être partout discriminés, à l’école, à l’embauche, dans l’accès au logement ou dans leurs croyances ? Et s’ils finissent en prison. En les stigmatisant davantage ? En ne leur ouvrant pas d’autres conditions d’existence ? En niant leur dignité revendiquée ? Nous sommes ici : la seule manière de combattre concrètement, ici, nos ennemis, dans ce pays devenu le deuxième vendeur d’armes mondial, c’est de refuser un système qui, au nom du profit à courte vue, produit partout plus d’injustice. Car la violence d’un monde que Bush junior nous promettait, il y a quatorze ans, réconcilié, apaisé, ordonné, n’est pas née du cerveau de Ben Laden ou de Daech. Elle pousse et prolifère sur la misère et les inégalités dont, année après année, les rapports de l’ONU montrent qu’elles s’accroissent, entre pays du Nord et du Sud, et au sein des pays dits riches. L’opulence des uns a pour contrepartie l’exploitation et l’oppression des autres. On ne fera pas reculer la violence sans s’attaquer à ses racines. Il n’y a pas de raccourcis magiques : les bombes n’en sont pas.

Lorsque furent déclenchées les guerres d’Afghanistan et d’Irak, nos mobilisations ont été puissantes. Nous affirmions que ces interventions sèmeraient, aveuglément, le chaos et la mort. Avions-nous tort ? La guerre de François Hollande aura les mêmes conséquences. Il est urgent de nous rassembler contre les bombardements français qui accroissent les menaces et contre les dérives liberticides qui ne règlent rien, mais contournent et nient les causes des désastres. Cette guerre ne se mènera pas en notre nom.

Signataires : Ludivine Bantigny, historienne, Emmanuel Barot, philosophe, Jacques Bidet, philosophe, Déborah Cohen, historienne, François Cusset, historien des idées, Laurence De Cock, historienne, Christine Delphy, sociologue, Cédric Durand, économiste, Fanny Gallot, historienne, Eric Hazan, Sabina Issehnane, économiste, Razmig Keucheyan, sociologue, Marius Loris, historien, poète, Marwan Mohammed, sociologue, Olivier Neveux, historien de l’art, Willy Pelletier, sociologue, Irène Pereira, sociologue, Julien Théry-Astruc, historien, Rémy Toulouse, éditeur, Enzo Traverso, historien.

La pétition est à signer sur change.org

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2 réflexions à propos de “ A qui sert leur guerre ? ”

  1. Beau texte!

    Et je viens de pondre un trucmuche du même acabit et c’est ici : http://lesazas.org/2015/11/25/russie-daech-ei-ou-lorsquobama-ironise-sur-les-sigles/

    Amicalement
    Gene

  2. Lettre ouverte à Boson

    J’aurais deux mots à te dire.
    Je ne suis pas très convaincue d’avoir à te remercier. Tu as été découvert par de très savants Messieurs, Messieurs Higgs, Brout et Englert, grâce à des techniques très sophistiquées installées au CERN (Laboratoire européen pour l’étude de la physique des particules et donc l’origine de la vie) sur la frontière entre la Suisse et la France. Ils nous ont dit que tu es immortel et que tu es le constituant universel de tout ce qui existe en terme de matière.
    Je suis perplexe. Moïse, Abraham nous avait parlé de Dieu, immortel comme toi bien sûr et un peu avant leur époque les Celtes nous avaient dit que Dieu est INCONNAISSABLE mais que « ce qui est en haut (dans le ciel) est comme ce qui est en bas.(sur la terre) »
    Admettons.
    Je te tutoie dans un effort de penser que tu es en moi comme je suis en toi puisque tu es, toujours selon messieurs Higgs, Brout et Englert, à l’origine de tout ce qui existe dans l’univers visible accessible à nos intelligences, la mienne y compris.
    Je vais te parler des malédictions et des bénédictions dont tu es la cause des causes si j’ai bien compris à la fois les Celtes, et dans l’ordre de leur « apparition » les juifs, les Chrétiens et les Musulmans et pour finir nos futés savants qui veulent trouver et qui cherchent TOUJOURS les secrets de la création, branchés qu’ils sont sur les mêmes questions : Qui sommes-nous ? Que faisons-nous ? Où allons-nous ? Coincés ou missionnés nous sommes entre être, avoir et faire.
    D’ailleurs partout sur la terre les humains s’inventent une origine et un destin. Et si je comprends bien tu es en train de fabriquer depuis toujours mille manifestations de ce que seule la condition humaine est capable de nommer et de partager par la PAROLE. Il est étonnant pour nous de constater que la parole est la seule manifestation de l’esprit qui semble échapper à la matière dans laquelle tu nous as englués. Je ne parle pas des autres bruits de fond qui nous accompagnent tout au long de nos vies et dont les artistes ont eux aussi su saisir l’immortelle beauté. La musique échappe à la parole pour la dégager des bavardages fumeux mais ce faisant oublie en chemin l’obligation de s’expliquer, ce qui est parfois bien reposant.
    Tu nous as plongé dans un monde impossible où règne la terreur. Nous sommes régis par l’argent le sexe et la guerre. Nous sommes divisés entre hommes et femmes. A notre époque le terrorisme développe des horreurs, l’argent et les richesses mondiales appartiennent à une dizaine de personnages inaccessibles pendant que les autres se bagarrent entre eux pour s’approprier les plus grosses parts du gâteau restant. C’est pitoyable.
    Comment peux-tu être au cœur de la patate que je suis obligée de manger pour ne pas mourir, ce qui entre nous me fait penser à la communion christique, et aussi dans la viande de l’animal tué pour que je me nourrisse pendant que l’art actuel des cuisiniers magnifie la dégustation ?
    Comment peux-tu être dans l’argent qui circule tel un réseau sanguin destiné à irriguer les êtres vivants sans distinction jusqu’à ce que mort s’ensuive, et la vie devient monnayable !
    Comment peux tu être dans la tête de ce pauvre malade qui guette la moindre occasion de battre sa femme et de la convaincre de bêtise quand elle est aussi vivante que lui ce qui l’empêche de la dominer comme s’il voulait dominer la mort elle-même ? Ça c’est difficile à saisir ! Tuer une vivante pour poser la mort en face de soi dans l’espoir d’être enfin vainqueur de la mort ? J’ai du mal à comprendre. Le couple devrait porter ensemble « le fardeau d’amour », comme dit la légende celtique de la Ville d’Ys, pour faire triompher la vie. Et LA VIE INSISTE de ton fait puisqu’il paraît que tu es immortel.
    Comment peux-tu être dans la tête de cette mère qui « euthanasie » son enfant faute de savoir ni pouvoir porter le fardeau d’amour avec son homme. Quel désespoir meurtrier la saisit dans son impuissance à faire triompher la vie ?
    Comment peux tu être dans la tête des dictateurs et des tyrans qui depuis des siècles soumettent les gens du quotidien à des malédictions d’avoir à se soumettre ou à se démettre, ce qui les abêtit et les enrage d’autant ?
    Comment peux-tu être dans la tête de Hitler, de Staline, et de tous ceux qui depuis des siècles imposent à d’obéissants décérébrés d’effectuer leurs ordres de mort ? Depuis le massacre des innocents, il semble que nous en sommes toujours au même point de ne pas savoir dénoncer la malédiction de la soumission, puisqu’aussi bien nous sommes soumis individuellement à manger/tuer pour vivre.
    Je t’informe que ce raccourci soumission/tuer/manger pour vivre est trop saisissant pour ne pas provoquer chez nous un sentiment de fatalité incontournable qui nous précipite dans de l’impossibilité, de la sidération, du désespoir !
    Alors quoi ?
    Dans des temps plus anciens nos stupidités et impuissances conjuguées faisait dire à nos grands parents qu’une bonne guerre arrangerait la bonne marche des esprits du côté de la fraternité des armes. Et les soldats ont cru parfois à leur mission.
    Les attentats terroristes, à notre époque, s’ils nous font peur et s’ils nous traumatisent ne sont-ils pas le signe avant-coureur qu’un énième César ou Hitler prépare sa domination sur les contrées du monde à sa portée d’abord, pour ensuite créer un empire délirant élargi aux dimensions de la terre ?
    Ça échoue toujours mais toujours ça renait. Ça s’appelle vouloir « faire de l’un » : Un seul Dieu, un seul maître, un seul peuple …
    Pourquoi ?
    Un seul boson ?
    Fausse piste !
    Tu es un et tu es multiple et diversifié dans chaque grain de poussière et tu nous a fais différents à l’infini. Nos savants, eux encore, nous disent qu’aucune feuille d’un même arbre n’est semblable à une autre. Alors plus ça va plus c’est diversifié et le tout est d’un foisonnement et d’une richesse incommensurables.
    Je retourne voir du côté de la philosophie celtique, celle qui a surnagé au dessus des soumissions et des compromissions, des guerres des éradications et des massacres.
    Elle dit encore et toujours
    « LE TRÉPAS, PÈRE DE LA DOULEUR, LA NECESSITE UNIQUE, RIEN DE PLUS, RIEN D’AUTRE »
    Toi, immortel Boson, explique moi, pourquoi la mort, pourquoi tes créatures doivent-elles être « mourables ? » (L’académie voudra bien je l’espère me permettre d’inventer des mots, histoire de faire un pas de côté par rapport à des habitudes de pensées toujours les mêmes)
    Toi, Boson, immortel, comment fais-tu avec « la nécessité unique, la mort, rien de plus, rien d’autre » ? Je rêve ou c’est pour vouer la vie à l’apprentissage et l’expérimentation de la fraternité en toute égalité les uns avec les autres ? La vie serait alors l’outil de la condition humaine, utérus indispensable à l’éclosion d’un règne qui n’en finirait pas d’inventer le triomphe de la vie, la métamorphose des créatures en éternels acteurs d’un souci de perfection, d’harmonie, et pour tout dire d’amour ?
    Nos différences de couleurs, d’aspects, de culture, de sexe, ne seraient alors qu’autant de tremplins à l’expression de ton immortalité bosonière (j’ose le mot ! ). Tu nous forces à la créativité en nous obligeant à cette fatalité d’un destin où tu œuvres à notre insu. Je n’imagine pas que ça puisse être à ton insu, car ta logique me semble implacable et incontournable, et même sans pitié. A travers nous, tu as aussi suscité la compassion et la fraternité, est-ce ton dessein ?
    Et m’adressant à toi, est-ce aussi à moi que je parle ? Où mon esprit est-il coincé ? Entre toi et moi équivalent à un amalgame de bosons insaisissables, il y a la connaissance, la science et ses preuves et l’intuition première que la manifestation de la vie, dont je suis, est et à la fois n’est pas l’apparence. Enfin, c’est ce que j’en dis aujourd’hui.
    Comment allons nous nous organiser, à présent que ton existence immortelle a été non pas révélée mais DECOUVERTE, ce qui est tout de même stupéfiant. Et heureux j’espère, selon ce que nous saurons en faire, nous tous ensemble, ton indispensable monde utérin.
    Pour l’heure je retourne à notre quotidien.
    Et à ma culture celtique, celle qui, nomade d’abord, de l’Oural à l’Océan a fini par se réfugier en Bretagne et dans six autres pays celtiques de l’Arc Atlantique. Elle nous propose des phares utiles au destin de la condition humaine. Elle est restée délibérément dans la dimension orale des flux de la réflexion, pour éviter de figer la pensée dans des dogmes pratiquant l’hégémonie. Elle a été conquérante sans vouloir faire empire. Elle témoigne des valeurs de la démocratie qui s’apprend dans la proximité d’un peuple rassemblé dans des frontières à la fois protectrices de sa créativité et ouvertes sur le monde entier. Nous sommes invités à porter le FARDEAU D’AMOUR individuellement, en couple, en groupe, en pays ensemble fédérés sur la terre entière.
    L’esprit celtique s’exprime partout, au gré des voyages initiés sur terre et sur mer à la suite de Brandan dans la lointaine profondeur des siècles. Et depuis toujours il a lutté contre LA MALÉDICTION DE LA SOUMISSION à des pouvoirs mortifères, paralysants et abêtissants. Il offre ses savoirs du côté du faire de l’être et de l’avoir sans les imposer. les Etats-nations hégémoniques sont désormais appelés à fédérer les bonnes volontés de tous les pays qui les constituent pour faire valoir un mode de vie que la paix autorisait après ce vingtième siècle sanguinaire et désastreux. C’est le sens actuel de l’histoire, Boson détecté aidant ; Chacun ne peut vivre et faire triompher sa vie et la vie que dans un lieu à la fois, dans un cercle à la fois. Son appartenance culturelle, son héritage arme son destin comme on arme un navire et le prédispose à l’œuvre fraternelle de faire triompher la vie.
    Le sens de l’histoire nous conduit à travailler à l’intérieur de frontières pour échapper à la soumission de la main invisible de l’économie et la finance mondialisées tueuses de millions de vies Le même sens de l’histoire nous conduit en même temps à nous fédérer pour protéger ce qui nait de nous. Notre utopie ultime, encore inaccessible, est faite d’espoir de pouvoir aimer sans avoir à se méfier toujours d’ennemis terrifiants. Nous sommes l’utérus d’un boson immortel qui cherche sa perfection et qui s’en fout des tragédies et des drames , des horreurs et des horreurs et encore des horreurs.
    La découverte de l’immortalité du boson qui constitue tout ce qui existe, nous y compris, attire notre réflexion et nos travaux dans des espaces à ce jour inexplorés et nos horizons s’élargissent au dimensions de l’immortalité et de l’immensité offertes à nos travaux. A côté de l’horreur il y a ces moments parfaits où nous apercevons la beauté de la vie et du monde, les élans musiciens de l’harmonie espérée, les traductions poétiques de nos sentiments les plus profonds et « la vie simple et tranquille » qui nous donne le goût de l’Eternité.
    Et je m’appelle Colette (Marie- Ernestine) TRUBLET un prénom banal et un nom attesté dès le 5ème siècle en Bretagne, à Saint Malo selon la légende ! Et le Boson dans tout ça ?
    Pensé et écrit à Bécherel le 24 Novembre 2015

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